Un jardin urbain est un lieu de passage convivial. Les passants passent en allant ou revenant de l'école, du marché, les voisins viennent composter. Beaucoup sont souriants en traversant la placette au centre des parcelles, disent bonjour, discutent, veulent visiter le jardin ... Certains font un détour pour le traverser, d'autres profitent de la pause de midi pour casser la graine, fumer leur cigarette ou juste prendre un bain de soleil !

Souvent, le matin vers 8H00 une dame vient profiter de ce hâvre de paix en promenant son chien. Elle est, ou plutôt était (elle assez agée) artiste peintre. Les couleurs des fleurs, les agencements des plantes, la nature, tout l'inspire et la repose. J'ai plaisir à papoter avec elle. Certes, elle est un peu mystique et créationniste et moi athée et évolutionniste, mais le dialogue est posé et amical.

Le dimanche après midi, une étudiante vient souvent composter. Elle se renseigne auprès de moi et me demande si l'on souhaite de l'aide pour jardiner. Elle a envie de mettre les doigts dans la terre. Je lui réponds que l'on a surtout besoin de jardinier. Dommage, en pleine préparation de son mémoire, prévoyant un long voyage à la Toussaint, pour ensuite changer de ville, elle n'a pas assez de disponibilité pour s'engager dans le collectif .. snif snif .... elle est jolie comme un coeur.

Revenant de la crèche à vélo, Louise sur le siège enfant, Magali est une habituée du jardin. En fait, c'est surtout Louise qui insiste pour la pause jardin, magali se laisse faire sans rechigner et surtout sans cacher sa joie. Elle me demande à chaque fois "officiellement" le droit de visiter le jardin et elles font le rituel tour de jardin. J'ai offert une fraise à Louise, un peu de roquette à Magali. Elle-même essaye d'entrenir une plate bande collective dans la cour de son immeuble ... c'est pas gagné (lol) et pour placer un bac compostage, elle n'y pense même plus .. trop de réticence dans la montée.
Un soir, passant dans sa rue, j'aperçois toute la famille en train d'arroser la fameuse plate bande "collective". Son mari me connaît (lol). Il faisait de la trompette dans le même centre musical que moi et avait dit à Magali qu'il connaissait un Christophe joueur de clarinette basse mais pas sur Grenoble .. et pourtant, c'était bien le même ... (lol) .. le monde est petit.

Avec Marie Hélène, un soir d'arrosage, c'est deux sans papiers algériens, sur Grenoble depuis trois ans, qui buvaient leur bière tranquillement sur les bancs. Le jardin leur évoque le pays, leur village où ils entretenaient un potager pour se nourrir. Ils évoquent la traversée de méditerranée en barque, l'arrivée à Lampedusa et leur atterrissage à Grenoble. Je leur passe  mon tabac pour qu'ils s'en roulent une et nous continuons cette conversation.

Autres cas, des ami-e-s, habitant-e-s du quartier et que je vois de loin en loin, m'ont repéré dans ce jardin, les relations se renouent, sont plus fréquentes.

Voila, tant et tant de rencontres qui montrent bien que c'est le lieu qui est important pour créer le lien social ...